Les acquéreurs ont le beau rôle

Un rez-de-chaussée sur cour vendu au même prix que celui donnant sur vrai jardin privatif, un second étage bruyant vendu au même prix qu'un quatrième, un appartement des années soixante sans isolation approchant la même valeur que celui des années quatre-vingt... la folie est belle et bien terminée et c'est tant mieux.

Et les propriétaires vendeurs qui n’ont pas encore compris que tout ne se vendait pas à n’importe quel prix en font les frais : aucune visite. Ceux qui ne sont pas obligés de vendre et attendent une nouvelle hausse gardent le bien. Ceux qui comptaient sur une belle plus-value, les prix s’étant, sur dix ans, appréciés de 200 % sur Paris et de 140 % en province, peuvent encore la réaliser, même s’ils perdent quelques euros par rapport à l’an dernier. Ceux qui sont obligés de vendre pour diverses raisons que sont la mutation professionnelle, un divorce, une succession ou tout simplement un besoin de s’agrandir au moment d’une naissance ou de la recomposition d’une famille sont contraints de rabaisser leurs prétentions. Et cela, quel que soit le segment de marché. Même dans le haut de gamme, les négociations vont bon train : un hôtel particulier présenté à 8 200 euros du m2 s’est vendu quelques mois après à 7 400 euros du m2. Et quel que soit le secteur : sur tout l’hexagone, dans les grandes métropoles ou dans les villes moyennes, mais aussi dans la capitale, il est possible de discuter les prix.

On l’a compris, la négociation est totalement à l’ordre du jour et c’est désormais l’acheteur qui dicte ses conditions. Si le vendeur ne s’y plie pas, la sanction est immédiate, le bien ne se vend pas ; si le vendeur accepte une discussion, le processus de vente peut s’enclencher et la vente peut aboutir sur un montant établi par les deux parties. En revanche, difficile de déterminer un pourcentage de négociation. Selon la qualité du bien, son emplacement et le niveau de prix proposé, la marge de négociation peut fluctuer entre 10 et 15 %. Parfois plus si le vendeur est sous les fourches caudines d’un prêt relais.

Pour l’acquéreur, le moment commence à se placer sous de bons auspices. Pourtant, certains hésitent à franchir le pas, tablant sur une baisse plus prononcée des prix, de l’ordre de 20 % et sur des conditions plus favorables du crédit. Certes, ce scénario de baisse des prix peut s’envisager sur des biens mal situés, en mauvais état, cumulant les nuisances… et qui avaient vu leurs prix caracoler au même titre que ceux de qualité et dotés d’un emplacement et d’un environnement privilégiés.

En revanche, les acheteurs qui visitent un bien de qualité correspondant à leurs attentes, soit en surface, soit en localisation, peuvent s’engager sans regret. Les biens de qualité au juste prix trouvent assez rapidement preneur. Si dans le mois ou les deux mois, le bien est toujours en vente, c’est qu’il n’est pas à son juste prix.

Pour être sûr de ne pas commettre d’erreur, l’idéal est de quadriller le quartier, d’interroger les agences immobilières du secteur, mais aussi les commerçants souvent au courant des ventes de leurs clients, de surfer sur internet, de s’informer auprès des notaires… Bref, réaliser une véritable étude de marché en croisant ses sources. En réservant une petite part au coup de cœur sans que cela soit pour autant un coup de folie.

Elisabeth Lelogeais - Novembre 2008

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